Article de Vincent Dellaux :)

« S’il n’y avait pas les abeilles, il n’y aurait plus rien » : dans le Tarn-et-Garonne, Françoise veille sur ses 600 ruches À Montech, dans le Tarn-et-Garonne, Françoise Romanzin vit au rythme du bourdonnement de ses abeilles. Entre transmission, passion et lutte contre les menaces, cette apicultrice défend la place vitale des butineuses pour notre planète bleue.

Face à ses ruches, devant sa maison, Françoise Romanzin partage avec passion le fonctionnement et les cycles de ses abeilles.

Derrière ses grosses lunettes rouges et son sourire lumineux, Françoise Romanzin, apicultrice passionnée, fait revivre la ferme familiale et sensibilise petits et grands à la vie des abeilles. À Montech, près de Montauban, elle poursuit avec son mari Wasco une exploitation de miel à 68 ans.

Cette ferme, restée inhabitée pendant plus de cent cinquante ans, elle l’a ramenée à la vie grâce à l’apiculture. Tout a commencé par nécessité. Plus jeune, lorsqu’elle possédait un verger de kiwis à Finhan, sur les berges de la Garonne, la pollinisation des fleurs était indispensable. Mais très vite, la contrainte est devenue passion. « D’abord, j’ai mis un doigt, maintenant je suis toute entière dans l’apiculture », sourit-elle, tout en collant les étiquettes sur ses pots de miel dans la vieille bâtisse familiale. Autodidacte, formée par l’expérience et la patience, Françoise a appris le métier au fil de trente années passées auprès de ses abeilles.« J’ai les pieds sur terre et dans la terre », plaisante-t-elle avant d’expliquer, avec une précision passionnée, son travail et son plaisir à faire découvrir la faune et la flore à ceux qui viennent lui rendre visite.

Le rucher de Lauriol

Située entre la Garonne et le canal, l’exploitation bénéficie d’un environnement privilégié. Une véritable mosaïque de fleurs sauvages et d’arbres offre aux abeilles une nourriture abondante du printemps à l’automne. Aujourd’hui, un peu moins de 600 ruches peuplent le site. « Chaque ruche abrite entre 60 000 et 80 000 abeilles, et environ 1 500 mâles », explique Françoise avec pédagogie, avant de lâcher, malicieuse : « On est deux sans ouvriers ! »

Comme le rappelait Albert Einstein, « si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre ans à vivre ». Une phrase que la sexagénaire cite souvent pour sensibiliser enfants comme adultes à l’importance des pollinisateurs. Elle accueille régulièrement des classes, des centres aérés et des familles, leur montrant l’extraction du miel et le fonctionnement de la ruche.« Beaucoup de gens ne réalisent pas le rôle essentiel des abeilles. Il faut s’arrêter et regarder la nature. Une abeille qui butine, on ne l’écrase pas : elle fait son dernier travail avant de mourir », confie-t-elle, en désignant ses premières ruches installées à l’entrée de la ferme.

Soucieuse de préserver cet équilibre, elle pratique une apiculture respectueuse : ne prélevant que le surplus de miel, afin de laisser aux abeilles de quoi se nourrir durant l’hiver.« Le miel vient des floraisons successives : cerisiers, acacias, tournesols... », détaille-t-elle avec passion, avant d’évoquer la propolis, « le médicament de la ruche ». Les abeilles, explique-t-elle, la récoltent et l’étalent dans la ruche pour la désinfecter, tel un antibiotique naturel. Mais après le beau temps, vient la pluie…

Des menaces qui s’accumulent

La période de lutte contre les frelons vient de commencer. En France, le frelon asiatique exerce une forte prédation sur les abeilles, surtout en été et en automne. Ces mois-là, les frelons rôdent autour des ruches, décapitent les abeilles et les empêchent de sortir butiner.

« C’est catastrophique », lâche Françoise, la voix teintée d’amertume. « Au début, on a laissé faire. » Elle se souvient des premières années de lutte :« On faisait des pièges dehors, avec du sirop et de la bière... Mais avec l’âge, on n’a plus la force. Et puis, ils sont devenus trop nombreux. »En me montrant l’entrée d’une ruche, elle désigne une poignée d’abeilles qui s’acharnent à repousser plusieurs frelons. Une bataille minuscule, mais implacable.

Après les prédateurs, c’est la météo qui met les colonies à rude épreuve. L’été dernier, avec des températures dépassant les 40 °C, la floraison a été bouleversée et les visites du public ralenties. «

Les fleurs se fanent plus vite, il y a moins de nectar à récolter, et les colonies s’épuisent », détaille-t-elle, consciente que le réchauffement climatique fragilise chaque année un peu plus son activité. Être apicultrice, pour elle, n’a rien d’un long fleuve tranquille. Malgré la fatigue et les inquiétudes, Françoise garde le sourire. « Dans la vie, il faut être positif », glisse-t-elle avant de retourner, sereine, vers ses ruches bourdonnantes.


Vincent Dellaux

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